Huit défis pour reprendre le chemin du développement
Le défi culturel


La crise culturelle, c'est la recherche d'une place à l'identité, aux langues et à la religion, au projet de société, qui se manifeste par la violence et la répression. Il faut dire que tout au long de son histoire et bien avant l'islamisation et l'arabisation, l'Algérie a été, par sa position géographique, une terre d'accueil ou d'asile pour des peuples et des tribus venus d'Orient et du Nord de la mer Méditerranée. Par sa position géostratégique, l'Algérie a été une terre de convoitise qui a connu les invasions, les résistances, les révoltes pour chasser l'occupant, ce qui a laissé une forte sensibilité pour les questions ethniques et culturelles.  Durant la guerre de Libération, la France et certains démagogues algériens ont essayé de jouer la division, mais la Révolution a triomphé parce que le peuple algérien a su sauvegarder son unité. Un tract du FLN disait : “La libération de l'Algérie sera l'oeuvre de tous les Algériens, et non pas celle d'une fraction du peuple algérien quelle que soit son importance.” La culture de la nation algérienne s'est construite, à travers les siècles, par l'apport des différentes religions et langues, des différentes tribus venues en asile ou en envahisseur, par les résistances aux occupants. Chacune de ces populations possède une histoire distinctive et entretient des liens particuliers avec le reste de la nation. Elle peut se sentir blessée dans la menace exercée contre l'un des éléments constitutifs de son identité à un moment ou un autre de son histoire. Alors, cet élément prend le dessus sur tous les autres. Il peut s'agir de la langue, de la religion, de la tribu, du clan... Il faut, enfin, noter que la crise culturelle sous-tend une imbrication intime entre l'injustice culturelle et l'injustice économique. En effet, alors que l'injustice économique est liée au problème de la redistribution du revenu national et du partage équitable des bénéfices du développement économique et social, l'injustice culturelle peut se manifester par la domination culturelle, c'est-à-dire le fait qu'un groupe de la population puisse sentir sa culture dominée par une culture perçue comme étant étrangère ou hostile. Elle se manifeste, aussi, par la non-reconnaissance, c'est-à-dire le fait de se sentir culturellement inexistant. Elle se manifeste, enfin, par le mépris, ce qui suggère le sentiment d'être jugé selon des stéréotypes dominés par le dénigrement et la calomnie. Par conséquent, le règlement de la question culturelle passe nécessairement par une restructuration profonde des processus de reconnaissance mutuelle. Ce qui demande l'adoption d'une stratégie adéquate et une planification à moyen terme. C'est un problème complexe comme nous venons de le voir ; il est dangereux lorsque mal géré. La question culturelle peut être un moyen d'enrichissement et d'épanouissement extraordinaire, si elle est étudiée avec lucidité, en prenant l'ensemble de ses dimensions pour construire une politique de l'unité dans la diversité. Elle peut être un moyen de malheur et de souffrance parce qu'elle est fortement mobilisatrice et facilement manipulée. Ceux qui ont étudié les conditions d'accession de l'Inde et du Pakistan à leur indépendance, et le problème des deux Pakistan séparés par le territoire de l'Inde savent les sommes de souffrances pour les millions de personnes causées par la question culturelle. Le défi culturel, c'est le passage d'une société divisée et en proie aux conflits permanents à une société apaisée et riche de la diversité de ses langues, de sa pratique religieuse éclairée, de sa tolérance envers les différences, en  son sein et vis-à-vis de l'extérieur. Pour traiter les symptômes les plus aigus de cette crise culturelle que nous vivons depuis de nombreuses décennies, il faudra d'abord faire disparaître l'injustice culturelle. J'espère que 2011 verra de grands progrès dans le sens d'une reconnaissance au sein de la société civile, qu'en plus du socle commun très fort qui nous unit, nous devons aujourd'hui, tout naturellement, accepter et valoriser les apports culturels multiples qui ont sédimenté au cours de notre histoire et font de l'Algérie un pays d'une richesse fantastique, aux plans historique, linguistique, musical, artistique, culinaire, vestimentaire et architectural. C'est cette prise de conscience qui sera demain la base d'une politique culturelle visant à préserver et à valoriser notre patrimoine, mais aussi la matrice de notre vouloir vivre ensemble dans le futur. À dimanche prochain pour l'exposé d'un autre défi. Entre-temps, débattons sur les meilleurs moyens d'avancer vers un avenir de progrès et de prospérité pour tous les Algériens. À la tentation du pessimisme, opposons la nécessité de l'optimisme !


presse algerie