Image d’épinal


Les Tunisiens viennent  de déchirer l'image d'Épinal que le régime, pour perdurer  et s'enrichir en vase clos, donne du pays depuis plus de vingt ans. Le vent d'émeutes qui souffle depuis près d'un mois sur la Tunisie, vendue comme havre de paix dans les cartes postales, ne s'est pas apaisé. Il reste de même intensité contrairement à la réaction du régime qui tantôt tend la carotte, tantôt prend le bâton. Le bâton, c'est la sortie brutale et sans retenue des forces de l'ordre que l'armée vient de rejoindre. C'est le discours de Ben Ali qui brandit la “main extérieure” et les actes de terrorisme pour ébranler les consciences et sauver l'image du pays à l'extérieur. Volte-face obligée devant la détermination des émeutiers à aller jusqu'au bout de leur ras-le-bol et dont la majorité est constituée de jeunes, laissés pour compte dans la répartition des richesses et dans le marché du travail. La carotte, c'est le recul affiché avec l'éviction de deux ministres et la libération des manifestants détenus. Mais, malgré cela, le cri de la rue demeure de plus en plus fort et le “Tunis utile” est au bord du gouffre. Comme l'Algérie, le mal est plus profond que la question du pouvoir d'achat. Il porte sur le mépris affiché par une caste d'apparatchiks à l'endroit de la majorité de la population. La situation est plus grave chez nos voisins où tous les relais d'expression sont bâillonnés par la force et la peur, en contrepartie d'un semblant de stabilité, à chaque fois relooké par les pays européens qui l'exhibe, aux autres pays émergeants, comme un ours en cage. Quoiqu'il en soit, les Tunisiens viennent de déchirer l'image d'Épinal que le régime, pour perdurer et s'enrichir en vase clos, donne du pays depuis plus de vingt ans. La dictature familiale (de la belle-famille, pour être plus précis) ne connaît plus de limites et, à force de menacer le deuxième cercle constitué d'hommes d'affaires, de la classe moyenne, a joué avec le feu. C'est ce qui est arrivé à la dynastie des Somoza au Nicaragua, déboulonnée par les Sandinistes, et au Chili avec le régime de Pinochet. Le clan Ben Ali, en osant toucher à cette frange de la population, a réveillé un volcan qui bouillonnait depuis longtemps et qui a fini par exploser. O. A. abrousliberte@gmail.com


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