PARLEMENTAIRES ET SERVICES DE SÉCURITÉ
Retrait du permis de conduire : les limites d’une loi
Dans le fond, l'ordonnance n°09-03 du 22 juillet 2009, modifiant et complétant la loi n°01-14 du 19 août 2001 relative à l'organisation, la sécurité et la police de la circulation routière , n'a pas apporté sa valeur ajoutée, à savoir le civisme au volant, comme le répètent souvent les services de sécurité. Et là, le conducteur “protège” son permis et non sa vie ou celle d'autrui. L'heure étant aux bilans, on se réjouit d'ores et déjà de la baisse des sinistres et du nombre de victimes. Tant mieux si c'est le cas ! Et la vie d'un citoyen n'a pas de prix. Mais est-ce vrai ? Loin de remettre en cause les “vérités” des uns et des autres, il n'est pas pour autant vrai puisque le total des accidents et des victimes — un chiffre attendu d'ici au mois de février prochain — est loin des attentes telles qu'inscrites dans les objectifs de ladite loi. Car, au fait, mis à part le nombre élevé de retraits de permis de conduire, en intra-muros et en extra-muros, le fond n'a pas changé. À trop vouloir donner des chiffres, rien que des chiffres, ces mêmes services sont tombés dans la politique de la statistique, sans qu'aucune analyse réelle ne soit établie sur des faits, comme le changement du comportement du conducteur, l'impact d'une telle loi sur l'économie, la dépense sanitaire ou encore la perspective d'aller vers un permis à point pour stopper cette cacophonie, mais surtout les interventions et la corruption. Sur le plan social aussi, des dizaines de pères de famille se sont retrouvés au chômage après le retrait de permis pour un simple délit routier. Et si on avance d'un côté 2 000 à 3 000 morts à l'échelle nationale, sur un total de près de 3 500 accidents de la circulation, et de l'autre 1 500 autres décès sur quelque 4 000 autres accidents, il est fort probable que seules les assurances détiennent cette “vérité”, notamment en matière de véhicules endommagés. À chacun sa musique, on avance une baisse de 20 à 22% des sinistres par rapport à 2009, comme on avance une autre baisse de décès de l'ordre de 12 à 15%. L'on se demande sur quelle base ces experts en la matière ont avancé de tels chiffres alors que le bilan annuel n'est pas encore à sa fin. Les Algériens "protègent" leur permis, pas leur vie… Les interventions sur le terrain font également défaut, et l'homme est souvent incriminé dans les sinistres mortels alors que l'état des routes est mis aux calendes grecques. Les parlementaires savent de quoi ils parlent et là, les acteurs majeurs ne daignent pas évoquer les échecs de la loi en vigueur, même si celle-ci a quand même apporté un plus du côté législatif. La précipitation étant devenue le mode d'emploi n°1 en Algérie, les campagnes de sensibilisation menées durant l'année 2010 contre les sinistres routiers, surtout depuis la promulgation de ladite loi, n'ont pas été mises à profit par les législateurs et les services de sécurité. En d'autres termes, aucun sondage d'opinion pour jauger ce que pensent les usagers de la route qui, dans leur grande majorité, sont contre le retrait du permis de conduire. Seules les dispositions relatives au paiement des amendes et de l'obligation du contrôle technique du véhicule (là aussi ça se discute !), ont apporté leurs fruits à travers ledit texte de loi. Ailleurs, les explications qu'avancent les spécialités de la question relèvent de la vulgarisation des textes réglementaires, mais jamais des dégâts collatéraux. À l'instar des excès des lois promulguées à coup d'humeur, trop de statistiques injustifiées ne mènent nulle part sinon à fausser le débat et à diaboliser les conducteurs, souvent victimes de ces mêmes dispositions. Car, dans le fond, cette loi n'a pas apporté sa valeur ajoutée, à savoir le civisme au volant, comme le répètent souvent les services de sécurité dans les points de presse. Et là, le conducteur “protège” son permis et non sa vie ou celle d'autrui. D'ailleurs, au souhait de supprimer la disposition réglementaire concernant le retrait du permis de conduire, un souhait formulé par les parlementaires, il n'y a eu aucun écho favorable sinon attendre à ce qu'une autre loi vienne annuler la précédente pour l'appliquer. Pour le reste, les bilans, les vrais bilans, sont d'abord d'ordre moral.