Les habits du soleil de saeed salmeen al murry
QUÊTE DE VÉRITÉ ET D’ABSOLU


La salle Maghreb d'Oran a abrité, avant-hier en début d'après-midi, la projection du film émirati, Les Habits du soleil, de Saeed Salmeen Al Murry , dans le cadre de la compétition officielle du 4e Fifao.Les Habits du soleil(en référence à la l'expression arabe, “mettre les habits du soleil” c'est-à-dire (épouser l'homme qu'on aime), c'est l'histoire d'un jeune garçon qui vit seul avec sa mère qui lui parle, sans cesse, mais sans jamais d'explication, d'une certaine Halima, à qui elle voue une grande admiration. “Halima est comme le soleil”, dit-elle au début du film, tout en méditant sur le cadre d'une jeune femme censée représenter cette Halima. Doté d'une sensibilité à fleur de peau et d'un véritable don pour l'écriture, le garçon demande à sa mère de lui raconter l'histoire de cette femme. Ainsi, la mère raconte et l'enfant retranscrit. Sourde et muette, Halima rêve, comme toutes les jeunes filles de son âge, de trouver l'amour et de porter la robe de mariée. Amoureuse de son cousin Ahmed, son choc est grand lorsqu'elle apprend que celui-ci s'est fiancé à une autre jeune femme et qu'il est sur le point de se marier. La jeune femme ne perd pourtant pas espoir, surtout lorsque le jeune Ali, demande sa main. Mais comme Saleh, le fils d'un riche marchand chez qui Ali travaille, est amoureux d'elle, il renonce à son amour pour elle, et la fuit lorsqu'il constate qu'elle est sourde et muette. Ironie du sort, la beauté de Halima attire les hommes, mais son handicap les faire fuir. Bien qu'amoureux d'elle, Saleh renonce à son amour pour elle, et en épouse une autre. Halima semble maudite. Entourée par le silence oppressant, et ne pouvant faire sortir la colère contenue en elle, elle cède à la folie. Car le mutisme, elle le connaît bien puisqu'elle a été contrainte et dès sa naissance, à ne pas entendre ce qui l'entoure, à ne pas communiquer avec les autres. Comme issue ultime, Halima choisit la folie au silence. Une substitution. Par ailleurs, Les Habits du soleil  se caractérise par une lenteur dans le rythme, justifiée la plupart du temps puisque le réalisateur permet à son spectateur de découvrir une autre face des Émirat arabes unis. Les paysages que nous propose le cinéaste sont troublants de beauté. D'autre part, comme le personnage principal est une femme sourde et muette, le silence a dominé dans le film. Mais en plus de ces silences assourdissants, la scène d'ouverture du film (l'eau sur la vitre qui brouille la vision du spectateur qui ne peut distinguer les personnages clairement), est représentative de la vérité qui est souvent cachée, voilée, brouillée, démystifiée parfois, et tue la plupart du temps. Parfois, les Hommes se voilent la face et ne veulent pas voir la vérité en face, parce qu'ils se complaisent trop dans le malheur. En effet, lorsqu'on est frappé par un malheur, on a l'impression que la vie s'acharne à transformer l'existence en un enfer. Car lorsqu'on est en proie à des problèmes, soit on se complaît dans le silence, soit on refuse d'admettre l'évidence. L'évidence dans ce long-métrage, aux paysages carte postale est qu'il est difficile de cacher le soleil. Et comme le dit si bien le dicton algérien,“ On ne peut pas cacher le soleil avec un tamis”. La vérité dans Les Habits du soleil est qu'il est difficile d'être une femme dans nos sociétés et de vivre avec un handicap. La vérité est que Halima a défié le groupuscule social auquel elle appartenait en cédant à l'aliénation. La vérité est qu'être une femme est un combat quotidien, surtout contre soi-même. La vérité est qu'il y a toujours quelqu'un qui souffre plus. Les Habits du soleil est aussi une quête de l'absolu, un jeu avec les extrêmes.


presse algerie