Caricature de la démocratie à l’africaine
Mugabe prépare sa énième réélection en 2011
Le président du Zimbabwe ne lâchera pas prise, en dépit de ses 86 ans dont plus de 30 années de pouvoir. Mugabe s'est dit prêt, serein et confiant , pour la présidentielle de l'année prochaine qu'il compte organiser avec une seule candidature, la sienne. De ce point de vue, il n'a pas tort, car pourquoi une autre parodie électorale, bien qu'il en soit un spécialiste, qualificatif qu'il partage malheureusement avec de nombreux pairs africains. Mugabe a fait savoir devant son parti Zanu-Pf, qu'il ne veut plus de partage de pouvoir avec l'ex-opposition au Zimbabwe. “Je n'accepte plus de continuer à respecter l'accord politique global”, signé en février 2009 avec son opposant politique et en vertu duquel le Zimbabwe est officiellement géré par un gouvernement d'union nationale ! Arraché sous de multiples pressions internationales et le feuilleton de la médiation africaine, son rival Morgan Tsvangirai a pu être désigné Premier ministre, le parti de celui-ci étant sorti vainqueur incontestable des législatives de 2008. Le compromis s'est, par la suite, révélé un vrai marché de dupes. Il n'a jamais été question dans l'esprit et dans les faits de Mugabe de céder la moindre parcelle de son autorité. C'est le type même d'autocrate et, par-dessus, convaincu d'être l'homme providentiel du peuple zimbabwéen ! C'est, par ailleurs, l'intime conviction de tous les dictateurs et de leur ersatz qui, en définitive, ne partent que les pieds devants sinon chassés par un coup d'État. L'Onu avait proposé en 2000 un accord financier et un pays d'asile à l'autocrate du Zimbabwe pour qu'il quitte le pouvoir, révèle une note diplomatique américaine publiée par WikiLeaks et publiée dimanche par l'hebdomadaire anglais the Observer. “L'offre avait été faite par le SG de l'Onu d'alors, Kofi Annan, avec même un lieu d'asile et un volet financier fourni par le Libyen Kadhafi.” Mugabe avait décliné l'offre après en avoir discuté avec son épouse. Obligé par la communauté internationale d'organiser des élections pluralistes en 2008, il n'en pas moins essayé de le faire en faveur de son parti. La défaite électorale de la Zanu-PF avait alors entraîné un déferlement de violences dans cette ancienne colonie britannique. Au bout de centaine de morts, Mugabe consent à la victoire de Tsvangirai qui se trouve vite sans aucun pouvoir, pas même au titre symbolique. L'ironie de l'histoire a voulu que l'Afrique nomme comme médiateurs entre Mugabe et Tsvangirai, Kofi Annan qui avait cédé le marteau de l'Onu à Ban Ki-moon. Frappé de sanctions de divers ordres par tous les pays occidentaux, interdit de circulations hors de l'Afrique, Mugabe a menacé en début de semaine de saisir des entreprises britanniques et américaines si les sanctions à l'encontre de son entourage ne sont pas levées, lors de la conférence annuelle de son parti à Harare qu'il a rebaptisé Mutare. “Pourquoi devrions-nous continuer à avoir 400 entreprises et des organisations qui sont soutenues par la Grande-Bretagne et les États-Unis, sans rétorquer”, s'est interrogé le chef de l'État du Zimbabwe devant 4 000 délégués de son parti. “Le temps est venu de nous venger. Une façon d'affirmer notre puissance est d'utiliser la loi d'indigénisation”, a-t-il menacé. La loi d'indigénisation, entrée en vigueur le 1er mars, donne 5 ans à toutes les entreprises étrangères ayant un capital supérieur à un demi-million de dollars pour faire en sorte que la majorité de leurs actions soient détenues par des Zimbabwéens. Pour son Premier ministre, cette nouvelle législation va effrayer les investisseurs. Des groupes bancaires britanniques, comme la Barclays ou la Standard Chartered, sont concernés, tout comme les entreprises minières étrangères Impala Platinum, AngloPlatinum ou Rio Tinto. Dans une première étape, Mugabe prendra 51% du capital de ces entreprises, et si les sanctions ne sont pas levées, elles seront nationalisées. Quant aux Ong locales auxquelles il a fait allusion, leur sort ne fait pas de doute. Mugabe, au pouvoir depuis 1980, ne cesse de réclamer la fin des sanctions à son égard et envers ses proches, ils sont interdits de voyage en Occident où leurs fortunes sont gelées depuis 2002 par l'Union européenne et les États-Unis, en raison de violations répétées des droits de l'homme et des libertés fondamentales par son régime.